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Mes mondes intérieurs

Une bouteille sur la neige

le 28/03/2008 à 23h57

Une bouteille

Sur la neige

Entre deux grandes artères

D’une société qui parfois

Et même souvent,

S’oublie en petit morceau

Ici

Et là.

 

Une bouteille,

Piquette ou grand vin,

Vidée de son nectar

Par un homme d’affaires

Perdu entre deux contrats

Ou peut-être même

Par une jeune starlette de ruelle

Piquée au vif par l’héroïne

Respirant la coke à grande bouffée

Libre avec ses chaînes.

Peut-être était-ce une promesse

De fiançailles qui tourneront au vinaigre

De divorces-fissures dans une famille

D’amour un peu fou sans lendemain

Ou de mort prochaine pour le premier piéton...

 

Qui sait?

Une bouteille vide,

Ça ne parle pas par les mots

Ça se laisse deviner.

 

Une bouteille vide

Perdue là

Peut-être une bouteille à la mer

Pour un solitaire ou un alcoolo’

Ou un doux plaisir éphémère.

Qui peut savoir

Quelles lèvres ont touché le goulot

Si les larmes ou les rires ont suivi la goulée

Et si dans son silence présent

Elle trahit la promesse

D’avoir fait passer un message?


 

Sylphide

Silence (prose)

le 29/03/2008 à 00h03

Tout se passe entre deux silences, toujours.


 


La vie est une musique qui s’entame, s’achève et s’entrecoupe de silences. Du  premier cri jusqu’au dernier mot se découle une symphonie entre des gammes d’émotions et de grands événements. Tant de silences à vivre, à anticiper, à évoquer, à surmonter. Sa vie de bons et de mauvais silences, de joies, de peines, de tristesse dans les silences. Elle voit tant de silences, mais ne sait plus si elle doit s’en réjouir ou appeler à son secours le désespoir.


 


Des silences insoutenables, trop lourds de vérités inavouées. Osera-t-elle parler cette fois? Jonglera-t-elle entre les silences et les mensonges? Elle ne sait pas, ne sait plus. Elle voudrait déjà être arrivée à l’autre silence. C’est si facile d’ignorer ce qu’il y a au cœur des silences. Elle courbe l’échine, se rend. Il crie encore, il veut emplir le silence au fond d’elle par des mots vicieux, mais elle n’en est plus blessée : au fond, elle sait qu’il parle de lui et non d’elle lorsqu’il propage son fiel. Il faudrait lui dire, il faudrait l’aider à s’arrêter... Silence. Déjà? Pourquoi n’a-t-elle pas saisi le moment? Dans le silence, maintenant, il ne l’écoutera plus...


 


Des silences véspéraux, bercés par les rêves. De ses lèvres s’échappent maints murmures, comme des incantations pour en appeler à la magie des mots. La sorcellerie de la poésie fixera-t-elle l’instant sur le papier? Sur sa feuille, elle griffonne quelques mots, elle s’oublie pour devenir le poème, elle fait danser ses mondes intérieurs sur les pages de son petit cahier. Elle sort de son mutisme et abandonne ses mots à sa plume, elle est déité sur un univers qui lui appartient. Silence de l’aube qui déjà arrive. La magie de son intérieur retourne dans l’ombre et le silence, seuls les mots restent en mémoire de ces instants irréels.


 


Et encore bien d’autres silences. Des silences de haine et d’amour, d’attente ou de déception...


 


Sa vie chargée de silences parmi les deux grands silences. Sa vie au fond d’elle dans le silence de ses écrits, sans big-bang ni supernova, un simple passage rapide d’un silence à l’autre. De l’oubli, elle retournera à l’oubli.


 


 

Strangulation

le 21/04/2008 à 13h33
Elle se forçait à se rattacher à quelques bribes de souvenir pour ne pas perdre conscience, tentant de se remémorer sa vie. Il ne fallait surtout pas s’abandonner à la peur, sinon elle en mourrait. Penser, se souvenir... D’où venait-elle? Qui était-elle? Ces deux questions, elle préférait ne pas y penser pour ne pas tomber dans la cruelle spirale qu’était le vide de sa personnalité. Depuis l’héroïne, elle avait tout oublié, presque jusqu’à son nom. Elle préférait penser à ce qui l’avait mené jusqu’à maintenant. C’était si complexElle se forçait à se rattacher à quelques bribes de souvenir pour ne pas perdre conscience, tentant de se remémorer sa vie. Il ne fallait surtout pas s’abandonner à la peur, sinon elle en mourrait. Penser, se souvenir... D’où venait-elle? Qui était-elle? Ces deux questions, elle préférait ne pas y penser pour ne pas tomber dans la cruelle spirale qu’était le vide de sa personnalité. Depuis l’héroïne, elle avait tout oublié, presque jusqu’à son nom. Elle préférait penser à ce qui l’avait mené jusqu’à maintenant. C’était si complexe, si brumeux... qu’est-ce qui avait guidé sa vie? Pourquoi était-elle là, maintenant?

Plus elle y pensait, plus ses pensées se rattachaient à un fil cohérent, un fil triste et amer, mais qui au moins était réel et assez solide pour qu’elle s’y accroche. Elle sentit les larmes commencer à perler le long de ses joues.

C’était toujours ce manque cruel d’affection qui avait guidé sa vie. Quand toute jeune, elle avait voulu avoir un peu d’affection de la part de son père. Mais lui, il était trop amoureux de ses alcools qui eux ne demandaient pas d’amour en retour, aveuglé par ce voile qui devenait de plus en plus opaque devant ses yeux, ne voyant même plus que sa fille souffrait. Il faut croire qu’il avait trop de mal à s’aimer lui-même pour aimer un humain.

Et même au décès de sa femme, il n’avait jamais été là pour la petite fille. Elle avait du faire son deuil et apprendre à se débrouiller, seule. À 9 ans, elle apprit à faire ses devoirs seuls, à copier la signature de son père parce que, bien souvent, il était trop soûl pour signer ses documents, et à préparer son lunch seule, mettant parfois un faux billet provenant de sa mère pour faire accroire aux autres qu’elle n’était pas orpheline.

Elle avait appris à soigner ses petits bobos elle-même, et à sécher ces larmes qui coulaient dans la douleur, sans aucun baiser de maman, ni mots doux, ni attention. Il avait fallu qu’elle remplisse elle-même les papiers de l’inscription au secondaire, et qu’elle puise dans les économies que sa mère lui avait laissé pour s’habiller et payer tout ce dont elle avait besoin. Elle était allée seule à la pharmacie pour ses premières règles, parce qu’à cette époque, déjà, son père n’était plus qu’une ombre, une silhouette faible sur le divan qui, s’il avait pu, aurait eu un soluté d’alcool pour ne plus avoir à se forcer à lever la bouteille pour boire.

Sa première peine d’amour, elle l’avait vécu seule. Sans maman pour la réconforter, lui dire que ça passerait, qu’il y en aurait d’autres. Combien de nuit avait-elle pleuré, se demandant si jamais elle retrouvait tout cet amour qu’elle avait senti? Elle avait dû avoir une dépression à ce moment, mais elle n’avait pas pu se payer les services d’un psychologue et avait dû refouler la douleur au fond d’elle, au fond de son pauvre cœur en miettes.

À 15 ans, elle travaillait presque à temps plein, se servant de son maigre salaire pour continuer à vivre et à payer ses études. À 16 ans, déjà, elle abandonnait ses rêves d’aller en médecine ou en droit et de ses sortir de son trou, parce qu’il fallait vivre d’abord, et faire vivre son père. Qui sait, peut-être que si elle lui ramenait de l’argent, il lui donnerait un peu d’affection.

À 17 ans, il vint dans sa chambre chercher les maigres économies qu’elle avait accumulé pour s’acheter encore un peu d’alcool, parce que son chèque du bien-être social avait fondu plus rapidement ce mois-là. Après une énorme crise, elle avait ramassé ce qui lui tenait à cœur dans un sac à dos et était partie vivre dans la ruelle. Au fond, côtoyer son père ou d’autres alcooliques, quelle différence pour elle?

Elle avait perdu son emploi, parce que le manque de sommeil la rendait moins travaillante. Elle avait pu survivre une semaine avec ses économies. Elle aurait pu survivre plus longtemps si elle ne les avait pas lancé ici et là pour ceux qu’elle rencontrait qui étaient dans la même situation qu’elle. Mais son grand cœur et son besoin cruel d’être aimé la lançaient dans des dépenses incontrôlées. Et après, que lui était-il resté?

Rien. Le néant et la solitude. L’absence d’amour. L’absence d’affection. Le cri des passants lui disant d’aller au diable quand elle demandait un peu d’argent pour manger. Les policiers qui n’hésitaient pas à l’envoyer ailleurs, là où on ne la verrait pas, là où elle ne dérangerait en rien l’image de la grande ville.

C’est à peu près à cette époque qu’elle rencontra l’affection. Sous forme de différentes drogues, ces substances avaient l’amabilité de rendre moins pénibles ses jours et sa douleur. Mais il fallait la payer. Après quelques doses gratuites, elle rencontra l’affection sous une autre forme, cette fois un peu plus traîtresse.

Le moment d’une pipe ou d’une séance de quelques va-et-vient, elle pouvait avoir un peu d’amour de la part de ses clients, même si bien souvent ce n’était pas son nom qu’ils criaient. Elle pouvait sentir au moins qu’ils aimaient ce qu’elle faisait. Quelques clients réguliers, souvent de l’âge de son père, venaient embrasser son front, ou poser leurs mains sur elle, presque délicats et affectueux. Par amour, ou peut-être obligation envers elle, ils lui donnaient de l’argent. Avec cela, elle se payait des drogues.

Dans ses paradis artificiels, le monde était beau et l’aimait. Et elle aimait.

Elle avait des clients réguliers, à qui elle leur faisait l’amour en espérant avoir de l’affection, souvent satisfaite d’un simple « à la prochaine » qui voulait tout dire pour elle. C’était promesse de ne pas être abandonnée, qu’il reviendrait vers elle. Et à chaque fois qu’un client allait en voir une autre, elle se sentait trahie.

Ce métier n’était pas pour elle, mais ça, elle ne le savait pas. Ou plutôt, elle s’efforçait de faire comme si elle ne savait pas.

Quelques mois après, elle eut droit à un client hors du commun qui aimait le mélange du sang et du sperme. Après chaque nouvelle séance, il l’aimait encore plus, parce qu’elle lui faisait confiance. Parce qu’elle s’abandonnait à lui. Parce qu’elle ne craignait jamais pour sa vie.

Il rôdait toujours non loin de la ruelle où elle travaillait, la surveillant, osant rarement aller de l’avant. Il semblait gêné. Il n’osait jamais aller demander de ses services. Il fallait toujours qu’elle lui propose. Mais comme il payait bien, elle acceptait.

Souvent, il se servait de menottes. Pour la calmer, il lui donnait un supplément. Elle avait fini par faire confiance à cela. Puis ça avait été le bandeau sur les yeux, le fouet… à chaque fois, il rajoutait un supplément, parce qu’il savait que c’était interdit. Le patron de la jeune fille aurait sévèrement sévi s’il avait appris ce qu’il faisait avec ses prostituées. Parce qu’il aurait pu en profiter pour les tuer.

Il était gentil et très affectueux. Toujours à la cajoler, lui donner des cadeaux. Comme son patron dans les débuts. Elle espérait que cette fois c’était vraiment parce qu’il l’aimait et non pas seulement parce qu’il voulait se servir d’elle.

Il s’était créé entre eux une étrange intimité, alors que l’un et l’autre se confiaient tout. Lui à propos de ses fantasmes, elle de ses tristesses. C’était le petit couple de la prostituée et de l’adorateur de Sade.

Parfois il l’entraînait dans une ruelle déserte pour quelque chose de rapide, parfois il l’emmenait toute une nuit dans une chambre d’hôtel. Cela dépendait souvent de son humeur. Lorsqu’il était en colère, il était plus violent et souvent haineux dans ce qu’il lui disait. Mais il s’excusait toujours ensuite. Quand il était heureux, il était souvent romantique et n’avait pas peur d’être doux et gentil avec elle. Et quand il lui offrait des cadeaux, c’est qu’il voulait essayer quelque chose de plus.

Ce soir, il l’avait emmené dans un restaurant très chic. Ce soir, il lui avait payé un joli manteau et quelques bijoux. Ce soir, il voulait quelque chose de plus. Ce soir, il allait mettre sa confiance à l’épreuve. Elle le savait. Ce soir, ce n’était pas dans un hôtel qu’il l’emmenait. Ce soir, c’était chez lui. Une riche maison de la Montérégie, meublée de façon antique, grande et vide. Ce soir, il la cajolait beaucoup plus qu’à l’habitude.

« Tu me fais confiance, ma puce, enh? »

S’il l’appelait par ce petit nom, c’était qu’il voulait quelque chose de spécifique. C’était qu’il savait qu’elle pouvait refuser. Ce soir, il en demandait encore plus.

« Mais oui, mon chou, c’est sûr… pourquoi?

-Je veux essayer quelque chose, ce soir, ma puce… quelque chose de nouveau… »

Encore une mise en scène. Encore le fouet. Encore la domination. Comme d’habitude. Mais que voulait-il de plus?

« Qu’est-ce que tu veux que je te fasse, mon chou?

-Je veux que tu me fasses confiance, totalement »

Autant elle avait besoin d’affection, autant lui avait-il besoin de confiance. Peut-être parce que l’un trouvait en l’autre ce qu’il avait besoin, ils semblaient toujours s’entendre et se compléter.

« Et tu vas m’aimer, mon chou, si je te fais confiance?

-Oh oui ma puce… je vais t’aimer encore plus…

-Alors vas-y, mon chou… je suis à toi… »

Son visage sembla prendre une autre expression alors qu’il entrait dans son monde de fantasme. Il devint très autoritaire et la fit descendre au sous-sol. Là il y avait un lit et plusieurs accessoires sadomasochistes. Elle commença à se dévêtir mais sévèrement il l’arrêta, remontant tout juste la mini-jupe et passant ses mains sous la camisole. Elle ne portait pas de soutien-gorge, tant mieux.

Il la fit étendre sur le lit, lui attachant les mains au-dessus de la tête. Il passa un lacet de cuir à son cou qu’il pouvait resserrer et desserrer comme il le voulait et se dévêtit, tenant toujours l’étrange laisse. Habituellement, le reste se passait sans un mot, mais cette fois, il murmura à son oreille :

« Tu m’aimes, ma puce, enh?

-Mais oui mon chou…

-Et tu me fais confiance?

-Toujours…

- alors laisse-moi être ton maître… »

À ce moment, elle aurait peut-être dû s’affoler, tenter de se défaire de tout cet attirail essentiel aux fantasmes de son amant. Mais elle ne le fit pas. Probablement parce qu’elle avait trop besoin de son affection et qu’elle ne voulait pas lui montrer sa peur et son manque de confiance. Et lui, conscient que tout ce qu’elle voulait c’était de l’affection, il croyait avoir sa totale confiance.

Il écarta ses hanches et commença à la pénétrer, resserrant le lacet à chaque fois qu’il allait plus loin. Elle, elle avait peur, se sentant un peu plus étouffée à chaque fois. Elle gémissait à chaque fois, mais elle était docile et restait confiante. Il lui criait qu’il l’aimait, et resserrait le lacet de cuir encore plus, moment après moment.

Arriva le moment de son orgasme. Cette fois elle ne respire plus. Elle sent son cerveau qui a du mal à recevoir l’oxygène. Elle suffoque. Elle ne peut même plus appeler à l’aide. Elle va tomber inconsciente. Elle ne peut plus lui dire d’arrêter. Cette seconde est si longue. Elle a eu le temps de tout se repasser et maintenant… maintenant elle se sent faiblir. Elle sent encore qu’il a quelques mouvement pour la pénétrer encore plus loin, il resserre la sangle de cuir encore…

Elle sent son âme doucement s’évaporer en dehors de son corps. Elle l’entend crier qu’il l’aime, qu’il aime son cadavre, qu’il l’adore, enfin on l’aime… mais déjà elle n’est plus.

On retrouva son cadavre dans une ruelle. Les policiers conclurent à un décès par asphyxie causée par la strangulation. C’est le dixième cas semblable dans l’année.
e, si brumeux... qu’est-ce qui avait guidé sa vie? Pourquoi était-elle là, maintenant?

 

Plus elle y pensait, plus ses pensées se rattachaient à un fil cohérent, un fil triste et amer, mais qui au moins était réel et assez solide pour qu’elle s’y accroche. Elle sentit les larmes commencer à perler le long de ses joues.

 

C’était toujours ce manque cruel d’affection qui avait guidé sa vie. Quand toute jeune, elle avait voulu avoir un peu d’affection de la part de son père. Mais lui, il était trop amoureux de ses alcools qui eux ne demandaient pas d’amour en retour, aveuglé par ce voile qui devenait de plus en plus opaque devant ses yeux, ne voyant même plus que sa fille souffrait. Il faut croire qu’il avait trop de mal à s’aimer lui-même pour aimer un humain.

 

Et même au décès de sa femme, il n’avait jamais été là pour la petite fille. Elle avait du faire son deuil et apprendre à se débrouiller, seule. À 9 ans, elle apprit à faire ses devoirs seuls, à copier la signature de son père parce que, bien souvent, il était trop soûl pour signer ses documents, et à préparer son lunch seule, mettant parfois un faux billet provenant de sa mère pour faire accroire aux autres qu’elle n’était pas orpheline.

 

Elle avait appris à soigner ses petits bobos elle-même, et à sécher ces larmes qui coulaient dans la douleur, sans aucun baiser de maman, ni mots doux, ni attention. Il avait fallu qu’elle remplisse elle-même les papiers de l’inscription au secondaire, et qu’elle puise dans les économies que sa mère lui avait laissé pour s’habiller et payer tout ce dont elle avait besoin. Elle était allée seule à la pharmacie pour ses premières règles, parce qu’à cette époque, déjà, son père n’était plus qu’une ombre, une silhouette faible sur le divan qui, s’il avait pu, aurait eu un soluté d’alcool pour ne plus avoir à se forcer à lever la bouteille pour boire.

 

Sa première peine d’amour, elle l’avait vécu seule. Sans maman pour la réconforter, lui dire que ça passerait, qu’il y en aurait d’autres. Combien de nuit avait-elle pleuré, se demandant si jamais elle retrouvait tout cet amour qu’elle avait senti? Elle avait dû avoir une dépression à ce moment, mais elle n’avait pas pu se payer les services d’un psychologue et avait dû refouler la douleur au fond d’elle, au fond de son pauvre cœur en miettes.

 

À 15 ans, elle travaillait presque à temps plein, se servant de son maigre salaire pour continuer à vivre et à payer ses études. À 16 ans, déjà, elle abandonnait ses rêves d’aller en médecine ou en droit et de ses sortir de son trou, parce qu’il fallait vivre d’abord, et faire vivre son père. Qui sait, peut-être que si elle lui ramenait de l’argent, il lui donnerait un peu d’affection.

 

À 17 ans, il vint dans sa chambre chercher les maigres économies qu’elle avait accumulé pour s’acheter encore un peu d’alcool, parce que son chèque du bien-être social avait fondu plus rapidement ce mois-là. Après une énorme crise, elle avait ramassé ce qui lui tenait à cœur dans un sac à dos et était partie vivre dans la ruelle. Au fond, côtoyer son père ou d’autres alcooliques, quelle différence pour elle?

 

Elle avait perdu son emploi, parce que le manque de sommeil la rendait moins travaillante. Elle avait pu survivre une semaine avec ses économies. Elle aurait pu survivre plus longtemps si elle ne les avait pas lancé ici et là pour ceux qu’elle rencontrait qui étaient dans la même situation qu’elle. Mais son grand cœur et son besoin cruel d’être aimé la lançaient dans des dépenses incontrôlées. Et après, que lui était-il resté?

 

Rien. Le néant et la solitude. L’absence d’amour. L’absence d’affection. Le cri des passants lui disant d’aller au diable quand elle demandait un peu d’argent pour manger. Les policiers qui n’hésitaient pas à l’envoyer ailleurs, là où on ne la verrait pas, là où elle ne dérangerait en rien l’image de la grande ville.

 

C’est à peu près à cette époque qu’elle rencontra l’affection. Sous forme de différentes drogues, ces substances avaient l’amabilité de rendre moins pénibles ses jours et sa douleur. Mais il fallait la payer. Après quelques doses gratuites, elle rencontra l’affection sous une autre forme, cette fois un peu plus traîtresse.

 

Le moment d’une pipe ou d’une séance de quelques va-et-vient, elle pouvait avoir un peu d’amour de la part de ses clients, même si bien souvent ce n’était pas son nom qu’ils criaient. Elle pouvait sentir au moins qu’ils aimaient ce qu’elle faisait. Quelques clients réguliers, souvent de l’âge de son père, venaient embrasser son front, ou poser leurs mains sur elle, presque délicats et affectueux. Par amour, ou peut-être obligation envers elle, ils lui donnaient de l’argent. Avec cela, elle se payait des drogues.

 

Dans ses paradis artificiels, le monde était beau et l’aimait. Et elle aimait.

 

Elle avait des clients réguliers, à qui elle leur faisait l’amour en espérant avoir de l’affection, souvent satisfaite d’un simple « à la prochaine » qui voulait tout dire pour elle. C’était promesse de ne pas être abandonnée, qu’il reviendrait vers elle. Et à chaque fois qu’un client allait en voir une autre, elle se sentait trahie.

 

Ce métier n’était pas pour elle, mais ça, elle ne le savait pas. Ou plutôt, elle s’efforçait de faire comme si elle ne savait pas.

 

Quelques mois après, elle eut droit à un client hors du commun qui aimait le mélange du sang et du sperme. Après chaque nouvelle séance, il l’aimait encore plus, parce qu’elle lui faisait confiance. Parce qu’elle s’abandonnait à lui. Parce qu’elle ne craignait jamais pour sa vie.

 

Il rôdait toujours non loin de la ruelle où elle travaillait, la surveillant, osant rarement aller de l’avant. Il semblait gêné. Il n’osait jamais aller demander de ses services. Il fallait toujours qu’elle lui propose. Mais comme il payait bien, elle acceptait.

 

Souvent, il se servait de menottes. Pour la calmer, il lui donnait un supplément. Elle avait fini par faire confiance à cela. Puis ça avait été le bandeau sur les yeux, le fouet… à chaque fois, il rajoutait un supplément, parce qu’il savait que c’était interdit. Le patron de la jeune fille aurait sévèrement sévi s’il avait appris ce qu’il faisait avec ses prostituées. Parce qu’il aurait pu en profiter pour les tuer.

 

Il était gentil et très affectueux. Toujours à la cajoler, lui donner des cadeaux. Comme son patron dans les débuts. Elle espérait que cette fois c’était vraiment parce qu’il l’aimait et non pas seulement parce qu’il voulait se servir d’elle.

 

Il s’était créé entre eux une étrange intimité, alors que l’un et l’autre se confiaient tout. Lui à propos de ses fantasmes, elle de ses tristesses. C’était le petit couple de la prostituée et de l’adorateur de Sade.

 

Parfois il l’entraînait dans une ruelle déserte pour quelque chose de rapide, parfois il l’emmenait toute une nuit dans une chambre d’hôtel. Cela dépendait souvent de son humeur. Lorsqu’il était en colère, il était plus violent et souvent haineux dans ce qu’il lui disait. Mais il s’excusait toujours ensuite. Quand il était heureux, il était souvent romantique et n’avait pas peur d’être doux et gentil avec elle. Et quand il lui offrait des cadeaux, c’est qu’il voulait essayer quelque chose de plus.

 

Ce soir, il l’avait emmené dans un restaurant très chic. Ce soir, il lui avait payé un joli manteau et quelques bijoux. Ce soir, il voulait quelque chose de plus. Ce soir, il allait mettre sa confiance à l’épreuve. Elle le savait. Ce soir, ce n’était pas dans un hôtel qu’il l’emmenait. Ce soir, c’était chez lui. Une riche maison de la Montérégie, meublée de façon antique, grande et vide. Ce soir, il la cajolait beaucoup plus qu’à l’habitude.

 

« Tu me fais confiance, ma puce, enh? »

 

S’il l’appelait par ce petit nom, c’était qu’il voulait quelque chose de spécifique. C’était qu’il savait qu’elle pouvait refuser. Ce soir, il en demandait encore plus.

 

« Mais oui, mon chou, c’est sûr… pourquoi?

 

-Je veux essayer quelque chose, ce soir, ma puce… quelque chose de nouveau… »

 

Encore une mise en scène.  Encore le fouet. Encore la domination. Comme d’habitude. Mais que voulait-il de plus?

 

« Qu’est-ce que tu veux que je te fasse, mon chou?

 

-Je veux que tu me fasses confiance, totalement »

 

Autant elle avait besoin d’affection, autant lui avait-il besoin de confiance. Peut-être parce que l’un trouvait en l’autre ce qu’il avait besoin, ils semblaient toujours s’entendre et se compléter.

 

« Et tu vas m’aimer, mon chou, si je te fais confiance?

 

-Oh oui ma puce… je vais t’aimer encore plus… 

 

-Alors vas-y, mon chou… je suis à toi… »

 

Son visage sembla prendre une autre expression alors qu’il entrait dans son monde de fantasme. Il devint très autoritaire et la fit descendre au sous-sol. Là il y avait un lit et plusieurs accessoires sadomasochistes. Elle commença à se dévêtir mais sévèrement il l’arrêta, remontant tout juste la mini-jupe et passant ses mains sous la camisole. Elle ne portait pas de soutien-gorge, tant mieux.

 

Il la fit étendre sur le lit, lui attachant les mains au-dessus de la tête. Il passa un lacet de cuir à son cou qu’il pouvait resserrer et desserrer comme il le voulait et se dévêtit, tenant toujours l’étrange laisse. Habituellement, le reste se passait sans un mot, mais cette fois, il murmura à son oreille :

 

« Tu m’aimes, ma puce, enh?

 

-Mais oui mon chou…

 

-Et tu me fais confiance?

 

-Toujours…

 

- alors laisse-moi être ton maître… »

 

À ce moment, elle aurait peut-être dû s’affoler, tenter de se défaire de tout cet attirail essentiel aux fantasmes de son amant. Mais elle ne le fit pas. Probablement parce qu’elle avait trop besoin de son affection et qu’elle ne voulait pas lui montrer sa peur et son manque de confiance. Et lui, conscient que tout ce qu’elle voulait c’était de l’affection, il croyait avoir sa totale confiance.

 

Il écarta ses hanches et commença à la pénétrer, resserrant le lacet à chaque fois qu’il allait plus loin. Elle, elle avait peur, se sentant un peu plus étouffée à chaque fois. Elle gémissait à chaque fois, mais elle était docile et restait confiante. Il lui criait qu’il l’aimait, et resserrait le lacet de cuir encore plus, moment après moment.

 

Arriva le moment de son orgasme. Cette fois elle ne respire plus. Elle sent son cerveau qui a du mal à recevoir l’oxygène. Elle suffoque. Elle ne peut même plus appeler à l’aide. Elle va tomber inconsciente. Elle ne peut plus lui dire d’arrêter. Cette seconde est si longue. Elle a eu le temps de tout se repasser et maintenant… maintenant elle se sent faiblir. Elle sent encore qu’il a quelques mouvement pour la pénétrer encore plus loin, il resserre la sangle de cuir encore…

 

Elle sent son âme doucement s’évaporer en dehors de son corps. Elle l’entend crier qu’il l’aime, qu’il aime son cadavre, qu’il l’adore, enfin on l’aime… mais déjà elle n’est plus.

 

On retrouva son cadavre dans une ruelle. Les policiers conclurent à un décès par asphyxie causée par la strangulation. C’est le dixième cas semblable dans l’année.
Les jours banals s’accumulent rarement très longtemps. Il y aura toujours un jour plus extraordinaire que les autres où, pour quelques secondes, la vie nous surprendra par les hasards qu’elle nous emmène. Comme si tout était tissé de façon à ce qu’aucun motif ne soit totalement identique au précédent. Pour que tout change du tout au tout lorsque l’on croyait avoir trouvé une logique, un sens.
 
Ils ne s’étaient jamais rencontrés avant. Ils ne se rencontreraient probablement jamais ensuite. Mais pour quelques secondes, la vie leur avait donné rendez-vous. À eux seuls, ils prouveraient la théorie du chaos. Quelque part, dans le monde, un papillon battit d’une aile.
 
Comme tous les matins, elle s’était levée, avait pris le temps d’aller voir ses messages électroniques, son grand café noir fumant devant elle. Elle était tombée sur quelque chose d’intéressant et, curieuse, avait fini par se perdre sur la toile à aller de lien en lien. Un peu comme elle faisait souvent dans ses pensées. En retard, elle n’avait pas eu le temps de déjeuner et s’était dit « tiens, ça t’apprendra à fureter trop longtemps sur internet! ». Elle avait mis son grand manteau, hésitant malgré le printemps qui s’éveillait, à ne partir qu’en simple chandail. Elle avait marché rapidement pour ne pas manquer l’autobus où, voulant se mettre dans sa bulle, elle avait mis ses écouteurs pour écouter sa musique. Elle en avait oublié le monde autour.
 
Puis elle était sortie vers le métro, devant se rendre à l’université.
 
De son côté, il s’était levé à la dernière minute, comme toujours. Il avait un rendez-vous important ce jour-là. Il avait organisé à la seconde près sa journée, ne pensant pas aux imprévus. Normalement, tout devait se passer comme prévu. Tout était mathématique. Il fallut qu’il brise un verre ce matin-là. Deux minutes de retard de prises. Puis lorsqu’il partit de chez lui, il manqua l’autobus. 15 minutes de retard cette fois, à attendre le prochain autobus. Comme souvent, il prenait du retard sur son horaire. Il jurait à voix basse, oubliant que le monde existait.  Il sortit son blackberry et annonça à son patron qu’il aurait un peu de retard. Cela l’angoissait.
 
Puis, enfin, il était sorti vers le métro, devant se rendre à son rendez-vous.
 
Ils marchaient et convergeaient tous deux vers le même point. La vie leur avait donné rendez-vous. C’était inévitable. Imperceptiblement, une intimité se créa entre eux. Ils avaient le même but, la même nervosité, la même idée en tête : arriver à l’heure. Les battements de leur cœur se synchronisaient sans même qu’ils n’en aient conscience. Un lien invisible se créait entre eux.
 
Il paya au comptoir et alla attendre le métro, alors qu’elle passait directement avec sa carte. Les écrans au mur annonçaient le prochain wagon pour dans deux minutes. Elle observait les affiches, comme pour se rassurer et se dire que tout était la même chose. C’était pour lui aussi une habitude. Attention, danger disait-on à propos des rails. Des publicités à la tonne. Une carte du métro souterrain. Tout comme d’habitude.
 
Le wagon arriva. Ils entrèrent tous deux, dans le même wagon, par la même porte. Il descendait l’arrêt suivant. Elle, un peu plus loin. La masse de monde les séparait, comme un océan interminable. Mais ils ne pouvaient pas en avoir conscience.
 
Deux vies séparées ne se croisent jamais, enfin, normalement. Les parallèles se poursuivent à l’infini, refusant de se toucher. Certaines vies, entre elles, vont ainsi.
 
Le wagon arriva à la station. La foule était trop dense et tentait de les entraîner à sa suite pour les sortir du wagon. Il s’y abandonna alors qu’elle se collait contre une fenêtre pour rester dans le wagon. Elle regardait vers l’extérieur. Il regardait vers l’intérieur.
 
 Leurs regards se croisèrent. Comme s’il en avait toujours été ainsi, ils se connurent, se reconnurent, se découvrirent. Mille émotions les traversèrent, mille nuits d’amour, mille grandes chicanes, mille tendresses, mille tristesses, mille ennuis, mille extases... des liens très forts se créant et des tranchées profondes se creusant, des temps de guerres et de paix, des coups bas, des coups diplomates, continuellement à s’allier et se trahir, comme deux pays qui se haïssent et s’aiment trop pour simplement rester indifférent l’un à l’autre, toujours à se découvrir mutuellement et à refermer leurs frontières au gré de leurs caprices...
 
Il y eut une seconde durant laquelle il y eut une éternité. Puis le lien se brisa, aussi simplement qu’il s’était créé. Et pourtant, plus rien n’était pareil, ni pour l’un, ni pour l’autre. Ils avaient vécu tout l’amour d’une vie en ce simple moment. Jamais plus ils ne se reverraient, comme jamais ils ne s’étaient vus auparavant.
 
Quelque part, dans le monde, un papillon avait simplement eu un battement d’ailes. À l’autre bout du monde, deux parallèles s’étaient touchées.
Les jours banals s’accumulent rarement très longtemps. Il y aura toujours un jour plus extraordinaire que les autres où, pour quelques secondes, la vie nous surprendra par les hasards qu’elle nous emmène. Comme si tout était tissé de façon à ce qu’aucun motif ne soit totalement identique au précédent. Pour que tout change du tout au tout lorsque l’on croyait avoir trouvé une logique, un sens.

Ils ne s’étaient jamais rencontrés avant. Ils ne se rencontreraient probablement jamais ensuite. Mais pour quelques secondes, la vie leur avait donné rendez-vous. À eux seuls, ils prouveraient la théorie du chaos. Quelque part, dans le monde, un papillon battit d’une aile.

Comme tous les matins, elle s’était levée, avait pris le temps d’aller voir ses messages électroniques, son grand café noir fumant devant elle. Elle était tombée sur quelque chose d’intéressant et, curieuse, avait fini par se perdre sur la toile à aller de lien en lien. Un peu comme elle faisait souvent dans ses pensées. En retard, elle n’avait pas eu le temps de déjeuner et s’était dit « tiens, ça t’apprendra à fureter trop longtemps sur internet! ». Elle avait mis son grand manteau, hésitant malgré le printemps qui s’éveillait, à ne partir qu’en simple chandail. Elle avait marché rapidement pour ne pas manquer l’autobus où, voulant se mettre dans sa bulle, elle avait mis ses écouteurs pour écouter sa musique. Elle en avait oublié le monde autour.

Puis elle était sortie vers le métro, devant se rendre à l’université.

De son côté, il s’était levé à la dernière minute, comme toujours. Il avait un rendez-vous important ce jour-là. Il avait organisé à la seconde près sa journée, ne pensant pas aux imprévus. Normalement, tout devait se passer comme prévu. Tout était mathématique. Il fallut qu’il brise un verre ce matin-là. Deux minutes de retard de prises. Puis lorsqu’il partit de chez lui, il manqua l’autobus. 15 minutes de retard cette fois, à attendre le prochain autobus. Comme souvent, il prenait du retard sur son horaire. Il jurait à voix basse, oubliant que le monde existait. Il sortit son blackberry et annonça à son patron qu’il aurait un peu de retard. Cela l’angoissait.

Puis, enfin, il était sorti vers le métro, devant se rendre à son rendez-vous.

Ils marchaient et convergeaient tous deux vers le même point. La vie leur avait donné rendez-vous. C’était inévitable. Imperceptiblement, une intimité se créa entre eux. Ils avaient le même but, la même nervosité, la même idée en tête : arriver à l’heure. Les battements de leur cœur se synchronisaient sans même qu’ils n’en aient conscience. Un lien invisible se créait entre eux.

Il paya au comptoir et alla attendre le métro, alors qu’elle passait directement avec sa carte. Les écrans au mur annonçaient le prochain wagon pour dans deux minutes. Elle observait les affiches, comme pour se rassurer et se dire que tout était la même chose. C’était pour lui aussi une habitude. Attention, danger disait-on à propos des rails. Des publicités à la tonne. Une carte du métro souterrain. Tout comme d’habitude.

Le wagon arriva. Ils entrèrent tous deux, dans le même wagon, par la même porte. Il descendait l’arrêt suivant. Elle, un peu plus loin. La masse de monde les séparait, comme un océan interminable. Mais ils ne pouvaient pas en avoir conscience.

Deux vies séparées ne se croisent jamais, enfin, normalement. Les parallèles se poursuivent à l’infini, refusant de se toucher. Certaines vies, entre elles, vont ainsi.

Le wagon arriva à la station. La foule était trop dense et tentait de les entraîner à sa suite pour les sortir du wagon. Il s’y abandonna alors qu’elle se collait contre une fenêtre pour rester dans le wagon. Elle regardait vers l’extérieur. Il regardait vers l’intérieur.

Leurs regards se croisèrent. Comme s’il en avait toujours été ainsi, ils se connurent, se reconnurent, se découvrirent. Mille émotions les traversèrent, mille nuits d’amour, mille grandes chicanes, mille tendresses, mille tristesses, mille ennuis, mille extases... des liens très forts se créant et des tranchées profondes se creusant, des temps de guerres et de paix, des coups bas, des coups diplomates, continuellement à s’allier et se trahir, comme deux pays qui se haïssent et s’aiment trop pour simplement rester indifférent l’un à l’autre, toujours à se découvrir mutuellement et à refermer leurs frontières au gré de leurs caprices...

Il y eut une seconde durant laquelle il y eut une éternité. Puis le lien se brisa, aussi simplement qu’il s’était créé. Et pourtant, plus rien n’était pareil, ni pour l’un, ni pour l’autre. Ils avaient vécu tout l’amour d’une vie en ce simple moment. Jamais plus ils ne se reverraient, comme jamais ils ne s’étaient vus auparavant.

Quelque part, dans le monde, un papillon avait simplement eu un battement d’ailes. À l’autre bout du monde, deux parallèles s’étaient touchées.