Mes mondes intérieurs

Les jours banals s’accumulent rarement très longtemps. Il y aura toujours un jour plus extraordinaire que les autres où, pour quelques secondes, la vie nous surprendra par les hasards qu’elle nous emmène. Comme si tout était tissé de façon à ce qu’aucun motif ne soit totalement identique au précédent. Pour que tout change du tout au tout lorsque l’on croyait avoir trouvé une logique, un sens.
 
Ils ne s’étaient jamais rencontrés avant. Ils ne se rencontreraient probablement jamais ensuite. Mais pour quelques secondes, la vie leur avait donné rendez-vous. À eux seuls, ils prouveraient la théorie du chaos. Quelque part, dans le monde, un papillon battit d’une aile.
 
Comme tous les matins, elle s’était levée, avait pris le temps d’aller voir ses messages électroniques, son grand café noir fumant devant elle. Elle était tombée sur quelque chose d’intéressant et, curieuse, avait fini par se perdre sur la toile à aller de lien en lien. Un peu comme elle faisait souvent dans ses pensées. En retard, elle n’avait pas eu le temps de déjeuner et s’était dit « tiens, ça t’apprendra à fureter trop longtemps sur internet! ». Elle avait mis son grand manteau, hésitant malgré le printemps qui s’éveillait, à ne partir qu’en simple chandail. Elle avait marché rapidement pour ne pas manquer l’autobus où, voulant se mettre dans sa bulle, elle avait mis ses écouteurs pour écouter sa musique. Elle en avait oublié le monde autour.
 
Puis elle était sortie vers le métro, devant se rendre à l’université.
 
De son côté, il s’était levé à la dernière minute, comme toujours. Il avait un rendez-vous important ce jour-là. Il avait organisé à la seconde près sa journée, ne pensant pas aux imprévus. Normalement, tout devait se passer comme prévu. Tout était mathématique. Il fallut qu’il brise un verre ce matin-là. Deux minutes de retard de prises. Puis lorsqu’il partit de chez lui, il manqua l’autobus. 15 minutes de retard cette fois, à attendre le prochain autobus. Comme souvent, il prenait du retard sur son horaire. Il jurait à voix basse, oubliant que le monde existait.  Il sortit son blackberry et annonça à son patron qu’il aurait un peu de retard. Cela l’angoissait.
 
Puis, enfin, il était sorti vers le métro, devant se rendre à son rendez-vous.
 
Ils marchaient et convergeaient tous deux vers le même point. La vie leur avait donné rendez-vous. C’était inévitable. Imperceptiblement, une intimité se créa entre eux. Ils avaient le même but, la même nervosité, la même idée en tête : arriver à l’heure. Les battements de leur cœur se synchronisaient sans même qu’ils n’en aient conscience. Un lien invisible se créait entre eux.
 
Il paya au comptoir et alla attendre le métro, alors qu’elle passait directement avec sa carte. Les écrans au mur annonçaient le prochain wagon pour dans deux minutes. Elle observait les affiches, comme pour se rassurer et se dire que tout était la même chose. C’était pour lui aussi une habitude. Attention, danger disait-on à propos des rails. Des publicités à la tonne. Une carte du métro souterrain. Tout comme d’habitude.
 
Le wagon arriva. Ils entrèrent tous deux, dans le même wagon, par la même porte. Il descendait l’arrêt suivant. Elle, un peu plus loin. La masse de monde les séparait, comme un océan interminable. Mais ils ne pouvaient pas en avoir conscience.
 
Deux vies séparées ne se croisent jamais, enfin, normalement. Les parallèles se poursuivent à l’infini, refusant de se toucher. Certaines vies, entre elles, vont ainsi.
 
Le wagon arriva à la station. La foule était trop dense et tentait de les entraîner à sa suite pour les sortir du wagon. Il s’y abandonna alors qu’elle se collait contre une fenêtre pour rester dans le wagon. Elle regardait vers l’extérieur. Il regardait vers l’intérieur.
 
 Leurs regards se croisèrent. Comme s’il en avait toujours été ainsi, ils se connurent, se reconnurent, se découvrirent. Mille émotions les traversèrent, mille nuits d’amour, mille grandes chicanes, mille tendresses, mille tristesses, mille ennuis, mille extases... des liens très forts se créant et des tranchées profondes se creusant, des temps de guerres et de paix, des coups bas, des coups diplomates, continuellement à s’allier et se trahir, comme deux pays qui se haïssent et s’aiment trop pour simplement rester indifférent l’un à l’autre, toujours à se découvrir mutuellement et à refermer leurs frontières au gré de leurs caprices...
 
Il y eut une seconde durant laquelle il y eut une éternité. Puis le lien se brisa, aussi simplement qu’il s’était créé. Et pourtant, plus rien n’était pareil, ni pour l’un, ni pour l’autre. Ils avaient vécu tout l’amour d’une vie en ce simple moment. Jamais plus ils ne se reverraient, comme jamais ils ne s’étaient vus auparavant.
 
Quelque part, dans le monde, un papillon avait simplement eu un battement d’ailes. À l’autre bout du monde, deux parallèles s’étaient touchées.
Les jours banals s’accumulent rarement très longtemps. Il y aura toujours un jour plus extraordinaire que les autres où, pour quelques secondes, la vie nous surprendra par les hasards qu’elle nous emmène. Comme si tout était tissé de façon à ce qu’aucun motif ne soit totalement identique au précédent. Pour que tout change du tout au tout lorsque l’on croyait avoir trouvé une logique, un sens.

Ils ne s’étaient jamais rencontrés avant. Ils ne se rencontreraient probablement jamais ensuite. Mais pour quelques secondes, la vie leur avait donné rendez-vous. À eux seuls, ils prouveraient la théorie du chaos. Quelque part, dans le monde, un papillon battit d’une aile.

Comme tous les matins, elle s’était levée, avait pris le temps d’aller voir ses messages électroniques, son grand café noir fumant devant elle. Elle était tombée sur quelque chose d’intéressant et, curieuse, avait fini par se perdre sur la toile à aller de lien en lien. Un peu comme elle faisait souvent dans ses pensées. En retard, elle n’avait pas eu le temps de déjeuner et s’était dit « tiens, ça t’apprendra à fureter trop longtemps sur internet! ». Elle avait mis son grand manteau, hésitant malgré le printemps qui s’éveillait, à ne partir qu’en simple chandail. Elle avait marché rapidement pour ne pas manquer l’autobus où, voulant se mettre dans sa bulle, elle avait mis ses écouteurs pour écouter sa musique. Elle en avait oublié le monde autour.

Puis elle était sortie vers le métro, devant se rendre à l’université.

De son côté, il s’était levé à la dernière minute, comme toujours. Il avait un rendez-vous important ce jour-là. Il avait organisé à la seconde près sa journée, ne pensant pas aux imprévus. Normalement, tout devait se passer comme prévu. Tout était mathématique. Il fallut qu’il brise un verre ce matin-là. Deux minutes de retard de prises. Puis lorsqu’il partit de chez lui, il manqua l’autobus. 15 minutes de retard cette fois, à attendre le prochain autobus. Comme souvent, il prenait du retard sur son horaire. Il jurait à voix basse, oubliant que le monde existait. Il sortit son blackberry et annonça à son patron qu’il aurait un peu de retard. Cela l’angoissait.

Puis, enfin, il était sorti vers le métro, devant se rendre à son rendez-vous.

Ils marchaient et convergeaient tous deux vers le même point. La vie leur avait donné rendez-vous. C’était inévitable. Imperceptiblement, une intimité se créa entre eux. Ils avaient le même but, la même nervosité, la même idée en tête : arriver à l’heure. Les battements de leur cœur se synchronisaient sans même qu’ils n’en aient conscience. Un lien invisible se créait entre eux.

Il paya au comptoir et alla attendre le métro, alors qu’elle passait directement avec sa carte. Les écrans au mur annonçaient le prochain wagon pour dans deux minutes. Elle observait les affiches, comme pour se rassurer et se dire que tout était la même chose. C’était pour lui aussi une habitude. Attention, danger disait-on à propos des rails. Des publicités à la tonne. Une carte du métro souterrain. Tout comme d’habitude.

Le wagon arriva. Ils entrèrent tous deux, dans le même wagon, par la même porte. Il descendait l’arrêt suivant. Elle, un peu plus loin. La masse de monde les séparait, comme un océan interminable. Mais ils ne pouvaient pas en avoir conscience.

Deux vies séparées ne se croisent jamais, enfin, normalement. Les parallèles se poursuivent à l’infini, refusant de se toucher. Certaines vies, entre elles, vont ainsi.

Le wagon arriva à la station. La foule était trop dense et tentait de les entraîner à sa suite pour les sortir du wagon. Il s’y abandonna alors qu’elle se collait contre une fenêtre pour rester dans le wagon. Elle regardait vers l’extérieur. Il regardait vers l’intérieur.

Leurs regards se croisèrent. Comme s’il en avait toujours été ainsi, ils se connurent, se reconnurent, se découvrirent. Mille émotions les traversèrent, mille nuits d’amour, mille grandes chicanes, mille tendresses, mille tristesses, mille ennuis, mille extases... des liens très forts se créant et des tranchées profondes se creusant, des temps de guerres et de paix, des coups bas, des coups diplomates, continuellement à s’allier et se trahir, comme deux pays qui se haïssent et s’aiment trop pour simplement rester indifférent l’un à l’autre, toujours à se découvrir mutuellement et à refermer leurs frontières au gré de leurs caprices...

Il y eut une seconde durant laquelle il y eut une éternité. Puis le lien se brisa, aussi simplement qu’il s’était créé. Et pourtant, plus rien n’était pareil, ni pour l’un, ni pour l’autre. Ils avaient vécu tout l’amour d’une vie en ce simple moment. Jamais plus ils ne se reverraient, comme jamais ils ne s’étaient vus auparavant.

Quelque part, dans le monde, un papillon avait simplement eu un battement d’ailes. À l’autre bout du monde, deux parallèles s’étaient touchées.

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