Mes mondes intérieurs

Samaël

Le feuilleton tant lus... euhh... bah mon premier roman-feuilleton

Présentation

le 28/03/2008 à 23h58
Ils sont 20 jeunes, ils ont tout pour eux, enfin, presque. Mais ils sont si angoissés, si déséspérés, qu'ils préféreraient mourir plutôt que de vivre plus longtemps encore. Ils portent des surnoms étranges, liées aux mythologies diverses qui existent dans le monde, et même parfois à la littérature. Ils sont mystérieux, n'ont pas vraiment de lien commun. Sauf Samaël.

Et un jour, ils disparaissent tous ensemble. Ils sont introuvables. Ils ont laissé si peu de traces...

qu'est-ce qui a bien pu se passer? où sont-ils? dans quel état?

Feuilleton qui devait m'occuper jusqu'à la fin de l'année, je l'ai terminé juste avant la semain de relâche.... bref, au bout de 4 mois. 25 épisodes... bonne lecture!

Épisode 01

le 29/03/2008 à 00h04

Clara dévala l’escalier à toute vitesse, ne souhaitant pas manquer son autobus. Elle s’arrêta au passage devant le miroir, pour s’assurer que tout était correct. À son teint si pâle, on aurait presque craint qu’elle n’ait aucun reflet…

 

Elle sortit son crayon noir et entreprit de refaire la ligne sous son œil. Puis elle se regarda, prit une pose un peu aguichante et sourit, fière de ce qu’elle était devenue. Son sourire s’évanouit presque aussitôt et elle passa à la cuisine. Elle regarda froidement sa tante, qui, sous le regard qu’elle lui jeta, décida de ne rien dire. Mais la jeune fille le prit comme une insulte.

 

« T’inquiète, ma tante, t’en a plus pour très longtemps a m’endurer sous ton toit, lui dit-elle d’un ton dur.

 

-Clara… c’est pas ça…

 

-On dit toujours ça quand la vérité est trop crue. Bon, j’y vais, je veux pas te déranger plus longtemps. Attends-moi pas ce soir, ça vaut pas la peine. »

 

Clara prit son sac et sortit, juste à temps d’ailleurs pour ne pas manquer son autobus.

 

***

 

« Vous êtes certaine, Madame Desaulniers…

 

-Boudreault… madame Boudreault….

 

-Vous êtes sûre, madame Boudreault, qu’il n’y a pas d’autres détails, d’autres paroles?

 

-Je vous le répète encore, monsieur l’enquêteur, c’est vraiment tout ce dont je me souviens »

 

Patrice soupira et passa la main sur son visage, mort de fatigue. C’était sa première grosse enquête : s’il réussissait, il prouverait sa grande habileté. Mais s’il échouait, comme tout s’annonçait présentement, il ne réussirait qu’à montrer son incompétence.

 

« Écoutez, madame… 20 jeunes disparus dans les mêmes heures, venants de 20 endroits différents… Il y a assurément des liens entre eux et il est primordial que nous les découvrions. Il y a certainement quelque chose dont vous vous souvenez! Même si cela semble anodin, le moindre détail est important pour cette enquête! »

 

20 jeunes… et 19 autres services de police avec qui il devait travailler.

 

« Je vous le répète, enquêteur, il n’y a rien de plus. Sinon ce changement brusque de personnalité et ces téléphones de la part d’un certain Samuel… »

 

Le visage du jeune homme s’illumina. Voilà un nouveau détail!

 

« Samuel… vous êtes sûre? Ce ne serait pas plutôt Samaël?

 

-Peut-être bien… vous savez, moi et les noms… »

 

Enfin une piste qui rimait à quelque chose. Ce certain Samaël était récurrent dans les récits des parents. Un homme à la voix inquiétante…

 

« … qui appelait à des heures impossibles! Je veux dire, en pleine nuit, ou durant l’heure du souper, avant les cours et qui demandait à parler à Clara… »

 

Et celle-ci, ensuite, prétextait toujours une sortie urgente… Voilà une information qui suivait le pattern. Avec de la chance, les autres trouveraient aussi cette correspondance. Patrice l’écrivit immédiatement sur son ordinateur et envoya l’information aux 19 autres services de police.

 

« Et l’avez-vous déjà vu?

 

-Vu? À peine aperçu… il est venu chercher Clara un jour… »

 

Le récit semblait intéressant, peut-être même bourré d’informations… l’enquêteur resservit une tasse de café à son témoin. La nuit serait longue.

 

***

 

Anick Boudreault s’empressa de sortir son repas du four, avant qu’il ne brûle.

 

« Clara, ma chérie, le souper est prêt! »

 

Celle-ci arriva dans la cuisine et prit une pomme qu’elle fourra dans sa poche. Elle avait été étrangement silencieuse dès son retour des classes, mais Anick ne s’en était pas inquiétée. Après tout, c’était le premier anniversaire de la mort de ses parents, peut-être était-elle un peu éplorée…

 

Au décès de sa sœur et son beau-frère, Anick, qui malgré ses 31 ans était toujours célibataire, avait adopté sa nièce, voulant lui offrir la vie que ses parents ne pouvaient malheureusement plus. Elle avait emménagé dans la maison de sa sœur, pour ne pas trop dépayser la jeune adolescente, étant tutrice de ses biens et de son être jusqu’à ses 18 ans. Clara avait toujours été une jeune fille pétillante et sociable, mais depuis quelques semaines, elle avait changé. Bah, rien de grave, la crise d’adolescence, pensait Anick.

 

« J’ai pas trop faim, ma tante…

 

-C’est pas grave, ma chouette… alors, si tu me racontais ce que tu as fait aujourd’hui? »

 

Le téléphone sonna. Anick décrocha, puis fut surprise par la voix qui lui répondit.

 

« Bonsoir… pourrais-je parler à Clara? »

 

La voix, grave et lugubre, lui donna des frissons dans le dos. Mais elle ne s’en soucia pas; après tout, les jeunes se donnaient parfois des airs…

 

« Oui, bien sûr… »

 

Elle passa le téléphone à Clara qui s’empressa d’aller dans la pièce d’à côté. Anick, inquiète, resta à l’affût de tout ce que sa nièce disait, mais s’efforça, le plus naturellement du monde, de mettre la table. Au bout de quelques minutes, Clara revint, accueillie par un sourire de la part de sa tante.

 

« Alors, ma chouette, c’était pourquoi?

 

-Eh bien… je me demandais si… si tu aurais objection à ce que mon ami vienne me chercher. On a un travail à faire et ce serait bien si on y passait la soirée… en plus, je pourrais coucher chez lui, on aurait plus de temps.

 

-Hum eh bien… »

 

Comment sa sœur aurait-elle réagi devant la demande de Clara? Anick n’avait aucune idée, ne possédant aucune fibre maternelle. Mais bon, comme elle souhaitait offrir l’adolescence rêvée à sa jeune nièce, elle se dit que lui accepter cette soirée ne ferait pas de tort…

 

« D’accord, ma chouette… mais ne dérangez pas ses parents, d’accord? Tu veux que j’aille te porter?

 

-Non, ça va aller, il vient me chercher tout à l’heure. »

 

Elle s’approcha de sa tante et lui fit un câlin.

 

« Merci ma tante… je vais aller préparer mes affaires maintenant… oh et je vais peut-être manger une petite bouchée avec toi… ça a l’air appétissant ce que t’as préparé… »

 

Elle monta à sa chambre et prépara son sac. Elle redescendit et le posa près de la porte. Puis elle se servit une assiette et vint s’asseoir face à sa tante.

 

« Alors… si tu m’en disais plus sur cet ami? Demanda-t-elle un sourire aux lèvres

 

-Bah… je l’ai rencontré il y a quelques semaines et puis voilà… il est sympa, attentionné… »

 

Plus vieux, intelligent, et surtout, très ouvert d’esprit… termina-t-elle dans ses pensées.

 

« Fantastique, alors… et cet ami, ce n’est qu’un ami? »

 

Clara rougit.

 

« Pour le moment, ma tante, ce n’est qu’un ami… »

 

Mais elle espérait qu’il deviendrait plus. Après tout, comme il lui avait dit, elle était sa première, sa préférée… c’était elle qui guiderait les autres lorsqu’ils se joindraient à eux. De la noirceur vers la noirceur, disait-il.

 

Les deux filles jasèrent ensuite de tout et de rien, jusqu’à ce qu’une voiture noire se stationne dans l’entrée.

 

« Tiens, c’est lui… »

 

Elle porta son assiette dans l’évier, embrassa sa tante au passage et partit. Samaël sortit de sa voiture pour venir lui ouvrir la portière, côté passager. Sa tante fut surprise par l’âge qu’il semblait avoir et surtout par le fait qu’il était le conducteur de la voiture. Elle regretta soudain de ne pas avoir fait attention lorsqu’elle avait donné la permission à Clara d’aller avec lui. Il l’aperçut et lui fit un sourire enjôleur. Elle répondit par un pâle rictus, se rassurant en se disant que Clara était intelligente.

 

***

 

Anick termina son récit en éclatant en sanglots. Mais Patrice resta de marbre.

 

« Je n’ai pas dormi de la nuit! Oh bien sûr, le lendemain, après l’école, Clara était de retour, mais si vous saviez les remords que j’ai eus...

 

-comment était-il?

 

-Mes remords? Oh atroces!

 

-Non, pas vos remords madame Boudreault… s’impatienta-t-il, comment était l’homme?

 

-Eh bien… à l’image de sa voix : lugubre, sombre… je dirais dans la trentaine, mais avec son air un peu gothique, ce peut être trompeur…

 

-Vous souvenez-vous de la plaque de la voiture?

 

-Par cœur… j’ai eu tellement peur que je l’ai noté, par crainte que ma pauvre Clara disparaisse… »

 

Ses sanglots redoublèrent : la nuit avait été longue, elle était morte de fatigue et cela faisait une semaine qu’elle n’avait pas eu de nouvelles de sa nièce. Elle donna le numéro de plaque puis se fit reconduire chez elle. Elle prit au passage le courrier, sans réel intérêt. C’est alors qu’elle découvrit une étrange lettre, aux allures anciennes. Son nom, tracé d’une écriture fine, était écrit, sans rien de plus.

 

Elle s’empressa de la décacheter et de la lire. Une toute petite clé USB tomba sur le sol. Elle la ramassa, la posa sur la table et déplia la lettre. Elle se retint pour ne pas s’évanouir dès les premiers mots :

 

Chère Anick,

 

Ne cherchez plus Clara, elle a rejoint ses parents. Eh oui, la mort l’a emporté… cette petite, qui autrefois irradiait de lumière, m’a trop fait confiance. Après avoir guidé les autres de la noirceur vers la noirceur, Hécate, ou plutôt, Clara, a fait un pas vers la mort pour finalement s’y abandonner, avec 19 autres jeunes, qui, comme elle, m’ont fait confiance. Vous trouverez sur la clé USB, comme les 19 autres parents, ce qui se passa la nuit de leur disparition. Je tiens à ce que vous le voyiez, avant même d’en avertir la police. Ce sera un choc moins dur pour vous. Vous trouverez aussi les coordonnées des autres parents, si vous voulez connaître les jeunes avec qui Clara a mis fin à ses jours.

 

Mes plus sincères condoléances,

 

Samaël

 

Anick éclata en sanglot, tremblante de tout son corps. Elle reprit son calme puis ouvrit son ordinateur. Il lui pressait de voir le contenu de la clé USB.

 

***

 

 

Au long des semaines, Clara avait continué de fréquenter Samaël, assurant sa tante que rien de mal ne se passait. Puis, son caractère était devenu plus sombre, et elle avait commencé à accuser sa tante de profiter de son argent. Celle-ci démentait bien sûr, ce qui ne faisait que mettre en rage la jeune fille. Elle lui parlait de moins en moins et était rarement à la maison. L’atmosphère devint tendue sans même que Anick ne puisse comprendre pourquoi sa nièce changeait ainsi de caractère. Lorsqu’elle accusait ses nouveaux amis d’en être la cause, Clara se mettait en colère et lui expliquait qu’elle faisait ses propres choix et que c’était plutôt elle qui influençait les autres.

 

Elle avait adopté le style gothique de Samaël, avait acheté d’étranges objets ésotériques et faisait parfois venir des amis étranges à la maison. Mais Anick se gardait de critiquer, au risque que sa nièce ne fugue.

 

Puis était venu le jour fatidique de la disparition. Ce jour-là, Clara était partie avec tout ce qui lui tenait à cœur. Elle n’était pas revenue après l’école. D’ailleurs, nulle ne l’y avait vu. Elle n’était pas revenue le lendemain. Elle avait tout simplement disparu, sans laisser de trace. Les policiers étaient sur l’enquête. 19 autres jeunes, comme elle, avaient disparu, le même jour, dans les mêmes heures. 20 jeunes de 20 milieux différents, sans aucun lien commun. Sinon Samaël, ce mystérieux homme dans la trentaine, aux allures gothiques.

 

Mais les clés USB contenaient le secret. 20 parents découvrirent en même temps ce qui était arrivé à leurs jeunes. Enfin, durant les derniers instants de leur vie.

 

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